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JEAN-ALEXANDRE DELATTRE

SCULPTEUR

 

LA POESIE METALLIQUE

 

WISSOUS

18 avril - 14 juin 2015

 

JEAN-ALEXANDRE DELATTRE

 

LA POESIE METALLIQUE

 

La Wissous’Art, en collaboration avec la mairie de Wissous, a exposé du 18 avril au 28 juin 60 sculptures géantes de Jean-Alexandre Delattre disséminées dans la ville.

 

Visiteurs, souvenez-vous ! Du 18 avril au 28 juin vous avez croisé en vous promenant dans Wissous de drôles de personnages qui vous regardaient bizarrement si vous ne vous arrêtiez pas pour les saluer.
Certes, il vous fallait lever la tête car la plupart étaient bien grands ; certes, leurs attitudes et expressions goguenardes risquaient de vous surprendre, mais vous ne craigniez rien de leurs postures malicieuses, de leurs mains caressantes ! S’ils vous happaient ce n’était que par le regard, car l’univers figuratif du sculpteur toujours débordait de vie et de grâce, d’élégance et d’humour.
Jean-Alexandre Delattre a atteint une renommée mondiale et expose tout au long de l’année partout en France et à l’étranger. Son moyen d’expression : un chalumeau, un poste à souder et un quelques plaques d'acier d’où il ressort d’étonnants personnages à l’âme bien vivante:  des jardiniers, des musiciens, des écrivains, des sportifs, des joueurs d’échec… Sculptures métalliques bourrées de détails (cheveux, lacets, boutons…) dans lesquels le Diable ne cherche guère à se cacher, laissant la place à la générosité, à l’humanité. Allez à leur rencontre et ils vous communiqueront, sinon du bonheur, leur joie de vivre.
Les sculptures géantes de Delattre étaient visibles dans tout Wissous : parc A. Clark, place de la mairie, parvis de l’église, quartier St-Eloi, centre culturel Saint-Exupéry…


4 de ces statues géantes resteront ad vitam aeternam à Wissous, achetées par la ville.

Il s'agit de "L'artiste Incompris"; "J'attends Madeleine"; L'Ecrivain" et "Le Pêcheur".

ENTRE FLEURS ET METAL

 

Pendant deux mois et demi j’ai vécu à la Serre entre fleurs et métal des symptômes de vies tout à fait étonnants.
Tous les matins j’étais accueilli par Crésus qui me regardait en se roulant son clope (comme moi à la même heure !) avec La Tendresse qui lui est inhérente, entre un Bandonéon et un Accordéon déjanté ; Louis, reluquant opiniâtrement une Vénus au livre, jouait de la trompette entre Paparazzi et Chaise musicale ; Stephan, lui, regardait amusé un pauvre type pousser sa voiture en Panne tandis que madame au volant retouchait insouciante son rouge à lèvres avec application… Déjà, en arrivant sur le parking, une violoniste bien plus grande que moi me regardait en souriant, l’air de dire « Alors, raconte »… Habillée comme un homme, cheveux longs et longues boucles d’oreilles, le violon coincé au creux de l’épaule, je la trouvais d’un érotisme torride et ne pouvais m’empêcher de la caresser au passage… « Allez ! Et si tu décidais de Prendre les voiles ? » lui demandais-je quelques fois tandis qu’un Oiseau peintre venait se poser sur son archet. Cela faisait sourire Charlot et ses gros godillots (qui n’avait pas l’angoisse de La page blanche, lui !) et Papy lacets se frappait le genoux, mort de rire !...
Fleurs et acier, donc ; fusion de vie tout en poésies métalliques dans une structure de verre et de fer. Etrange mélange (mariage ?) du végétal toujours en évolution, développement, croissance, (raccourci quasi instantané de la vie, entre naissance et mort) et ces personnages « statufiés », désormais éternels. Sauf que le végétal, s’il est vivant, n’a pas d’âme, alors que les personnages de Jean-Alexandre Delattre, s’ils sont froids au touché, immobiles de par leur nature d’acier, ont bel et bien une âme et sont, partant, vivants - de là cette question, existentielle s’il en est : de mes végétaux ou des œuvres de Delattre, lesquels sont les plus porteurs de vie ?
Je n’ai pas la réponse ni ne cherche à l’avoir ; ce que je sais c’est que les joueurs de La partie de cartes, sur la place de l’église, m’ont semblé certains midis bien plus vivants que les clients attablés au restaurant d’à-côté… Que Les clés de la ville, à l’entrée de Wissous, étaient bien plus accueillantes que certains autochtones… Et que j’ai bien mieux compris L’artiste incompris que bon nombre de mes congénères qui me donnent parfois, souvent, l’étrange sentiment d’en avoir Plein les bottes…
Mais enfin, toujours il nous faut trouver un Consensus, aussi continuerai-je de faire le Jardinier et d’arroser mes fleurs dans ma structure de verre, et en attendant Madeleine je continuerai de voyager dans une Voiture en folie que regarderont passer Marmitons, Cuisiniers, Boulangers et autres Maîtres d’hôtel, ostensiblement.
Je ne jalouse ni le Scribe ni L’écrivain à sa table devant la bibliothèque (et qui ne joue pas, lui, La valse sur l’encrier !) ; bien au contraire : ils m’inspirent ! Et c’est là tout le miracle des personnages de Delattre : ils donnent à rire et à sourire ; ils rendent les gens heureux !
Tristesse et joie se mêlent aujourd’hui dans notre petite ville désormais orpheline des œuvres de Jean. Après l’installation certains de ses habitants se sont crus vivre en pays d’Oz et, devant ces longues formes longilignes, pleines d’amour et d’humour, retombaient en enfance et s’extasiaient de chaque détail (cheveux, lacets, bijoux, ongles des doigts de la main…). D’autres se mettaient à philosopher, soudainement inspirés (transcendés ?) par l’expression des visages, le rendu des émotions, la grâce du mouvement, affirmant l’index dressé haut que ce n’était qu’à la deuxième, troisième, quatrième lecture… qu’ils avaient enfin appréhendé l’œuvre !... Moi, je me contente de tirer mon chapeau (ah, ça ! il y en a du chapeau chez Delattre !) ; de regretter, un peu, le temps des godillots qui ont ici la grâce des ballerines ; d’avoir eu l’honneur de les transporter, ces statues, de-ci, de-là, et de les avoir disséminées dans la ville, bien à la vue des passants, fier de les avoir touchées, de les avoir regardées sous toutes les coutures et bien sentir le lendemain les courbatures car la belle musicienne, là, avec ses courbes féminines, sa grâce, son regard qui appel à l’amour, doit tout de même approcher le quintal et, la bougresse, elle m’a bien cassé le dos !
Jean, je t’interdis d’arrêter de travailler ; pas question de laisser tomber ton fer à souder, tes chalumeaux gigantesques ! Que deviendraient nos sportifs sans tes trophées ? Et nos villes sans tes œuvres ? Villes de béton et d’acier que ton acier à toi humanise…
Monsieur Delattre, je vous aime.
Merci.

 

 

Wissous, le 08/07/2015

 


Victor Lopes